Monique Sithamma

Quimper
Née à Quimper, c’est là que j’aimerais être et avoir été. Je suis de la génération de l’après-guerre, du baby boum où tout était en devenir, à refaire et reconstruire. Dans mes années lycée, il y avait le théâtre Max Jacob qui ne portait pas encore le nom du poète. C’était un joli théâtre à l’italienne avec ses sièges de velours rouge. J’y ai vu jouer le Cid, entendu chanter Cora Vaucaire. Une petite bulle de plaisir et d’évasion.
Nantes
Enfin, étudiante à Nantes, le théâtre Graslin, bleu et feutré, m’ouvrait son rideau. Là c’était la Classe, le Tout-Nantes y courait. Les études de Lettres m’ont amenée à savourer les mots dans les livres : Rabelais et sa gouaille, Villon et ses provocs, Verlaine et sa musique, l’Oulipo qui réinventait le monde dans les mots. C’est fou ce que les mots me faisaient rire. Je les goûtais comme on goûte un bonbon. Je resterai toujours adepte et addicte de ces jongleries sur le verbe.
Et aussi en ces temps-là, ce que j’ai pu m’emballer pour la linguistique diachronique, autrement dit l’histoire des mots à travers les siècles ou comment s’est constitué le français. Mais vive concurrence avec la linguistique synchronique, qui s’interroge sur la langue contemporaine, Benveniste, Saussure and co. Les deux départements universitaires littéralement en guerre exigeaient des étudiants une prise de position politique. Soixante-huit étant passé par là, j’ai préféré battre le pavé pour m’extirper de ces querelles byzantines.
Paris et sa banlieue
Il a fallu attendre mes années de jeune prof en banlieue parisienne pour renouer avec le théâtre vivant : le nouveau gouvernement de gauche, en 1981, offrait aux profs une formation longue de trois ans, impensable aujourd’hui ! Un mardi après-midi nous était libéré pour faire nos apprentissages de la scène, au théâtre de la Piscine de Châtelet-Malabry. Jean-Claude Penchenat y officiait et fut mon maître. Lui et sa troupe avaient travaillé avec Ariane Mnouchkine. J’y ai appris la double résonnance des mots portés par la voix, le corps ou le décor.
Par ailleurs, dans ces années-là, je retravaillais les traductions françaises que mon mari, laotien, tirait de ses poèmes et des contes qu’il écrivait à la plume sur des bandes de papier imitant les feuilles de latanier. Les éditions L’Harmattan nous auront édité deux jolis petits ouvrages en bilingue.
A l’Ouest, c’est Brest
Retour à l’Ouest dans les années 90, Lannilis en collège puis Brest en lycée : c’est là que je monte des ateliers pour les élèves, comme je l’avais fait quelques années plus tôt à Longjumeau. On participe aux Théâtrales de la Maison du Théâtre, Maison dans laquelle je serai administratrice pendant une vingtaine d’années.
2012, me voilà partie prenante, au sein du Théâtre de la Coche, des fêtes maritimes qui rendent hommage au navigateur Jean-François de Galaup comte de Lapérouse, disparu en mer en 1788. Steeve Brudey Nelson, directeur artistique de la compagnie brestoise, me demande d’écrire les scènes qui seront jouées sur les quais par près de 250 amateurs et amatrices, entourés de professionnels, costumiers, chef de chœur, comédiens. Et ainsi déboulent et déambulent sur les quais, dans une joyeuse parodie moliéresque de l’Impromptu de Versailles, des comédiens de tous âges et de tous horizons. La collaboration avec le théâtre de la Coche et ses comédiens se poursuivra pour ma part sur l’animation théâtralisée des visites du musée de la Marine. La vie rocambolesque de Vidocq aura été une source féconde d’inspiration pour emporter les visiteurs dans les méandres des couloirs, des salles et des escaliers dérobés du château de Brest. 2017, une création éphémère du Théâtre de la Coche, dans le quartier de Pontanézen, est commandée par la ville de Brest pour commémorer l’arrivée des Américains dans la Grande Guerre en 1917. L’Histoire devient assurément l’estampille de la Coche.
Depuis, je n’ai jamais cessé de jouer dans les ateliers de la Maison du Théâtre avec une variété d’artistes et de disciplines et surtout au sein du Théâtre Farrago dont j’avais déposé les statuts en 2014, en tant qu’association de théâtre amateur. Emballés par l’enthousiasme des fêtes brestoises nous étions plusieurs à vouloir continuer l’aventure qui dès lors se poursuit aujourd’hui encore sous la direction de Steeve Brudey Nelson qui assure toujours nos mises en scène.
Je demeure dans un perpétuel étonnement de l’effet cathartique sur les spectateurs de l’écriture théâtrale. Les rires, les respirations, les silences s’orchestrent au diapason. Magique !